La religiosité toxique

La religiosité toxique

J’ai assuré dans mon précédant article que les religions, par leur dogmatisme, favorisaient des comportement anti-sociaux. Je vais préciser ce que j’entends par là. Puisque le sujet est propice aux passions, et que la religion est importante pour la plupart des individus, il me semble essentiel d’être précis dans ma critique

Pour mieux définir ce que je reproche exactement aux religions, je vais m’appuyer sur un concept nouveau, qui est celui de religiosité toxique.
Celui-ci s’inspire du concept de masculinité toxique. Je le définis comme « certaines normes, comportements ou croyances, liées à une ou des religions, qui ont un impact néfaste pour la société et/ou pour ces personnes elles-même. »    
Je considère ici une religion comme un « système de pratiques et de croyances, individuel ou communautaire. »
Définitions faites, venons-en aux faits.

Le lien entre comportements toxiques et religiosité ?

Comme je le disais dans un précédant article, il semble y avoir corrélation entre l’appartenance à une religion et le fait d’avoir des croyances ou des comportements (entre autres) sexistes ou homophobes. Cette corrélation est mise en lumière par des sondages comme par les actions de certains groupes religieux ou les lois de pays influencés par une ou plusieurs religions.
Ceci dit, à quel point peut-on être sûr que ces croyances sont motivées par des croyances religieuses ? Par l’appartenance à une religion ? Après tout, être athée n’empêche pas d’être sexiste ou homophobe, et il est parfaitement possible d’être croyant et pratiquant sans l’être. S’il est impossible de faire des conclusions pour un individu isolé, reste qu’il semble y avoir un lien entre le fait d’adhérer à certaines religions et le fait d’adhérer à des croyances anti-sociales.

Si la causalité de la religion ne peut être prouvée dans tous les cas, les livres saints sur lesquels se basent les trois religions monothéistes (les plus présentes de loin en Europe, en Afrique et en Amérique) sont souvent interprétées de manière réactionnaire, sexiste ou homophobes. Cela est vrai pour les fondamentalistes juifs, chrétiens protestants comme catholiques, ou musulmans, mais aussi pour des courants plus « modérés » (voir la position du Pape sur l’avortement ou l’homosexualité, la doctrine du judaïsme libéral comme orthodoxe concernant l’avortement qu’ils n’acceptent que quelques cas, et la position des juifs orthodoxes sur l’homosexualité, l’opposition de la plupart des pays et individus musulmans à l’homosexualité, les positions divergentes mais souvent restrictives sur l’avortement du monde musulmans).

Cela ne veut pas dire que toute personne qui se réclame d’une de ces trois religions est par essence sexiste, homophobe ou réactionnaire. Mais, d’un point de vue global, les institutions et individus qui se réclament de ces religions encouragent souvent ces comportements, ou a minima défendent un modèle moral ou ils sont encouragés ou tolérés. Ce sont ces comportements ou positionnement moraux néfaste socialement que je regroupe sous la bannière de la religiosité toxique.
Et, puisque la religion donne un poids moral et la capacité de rejeter toute critique logique, ces croyances, fondées sur des dogmes qui se veulent transcendants, sont d’autant plus difficile à déraciner.

Blâmer le système, pas les individus

La religiosité toxique est le produit d’un système, alimenté par les institutions (religieuses, mais pas uniquement, car la religion influence la société et est influencée par elle). Les comportements toxiques alimentent eux-mêmes ce système, en punissant celles et ceux qui s’écartent des valeurs et comportements toxiques érigés en norme.
Je ne pense pas que les personnes religieuses qui ont des comportements toxiques, comme les personnes de genre masculin qui ont des comportements toxique, ne soient moralement coupables, puisque je considère que le libre arbitre n’existe pas. Mais, puisque ces comportements créent de la souffrance, je pense que ces comportements doivent être empêchés, de préférence par la prévention, et par la répression si nécessaire.

Critiquer les religions institutionnelles n’est pas critiquer la foi

Seules certaines des idées ou comportements religieux peuvent être considérées comme toxiques, de même que seule certaines des idées ou comportements lié à la masculinité peuvent être considéré comme toxiques.

La religiosité toxique n’est pas en soi liée la foi religieuse : la foi religieuse et l’interprétation des textes sacrés conduit à des positionnements moraux qui peuvent beaucoup varier, car les textes religieux peuvent littéralement être interprétés d’une manière et de son exact contraire, interprétation souvent liée au contexte social, politique et culturel. C’est la raison pour laquelle coexistent Daech et des musulmans qui se réclament de l’anarchisme, le Pape et les amish, les bouddhistes ascétiques pratiquant le shugendō et les bouddhistes nationalistes en Birmanie ou au Sri Lanka, etc. Ces positionnements peuvent très bien n’avoir rien de toxique, et il serait injuste de blâmer les biais cognitifs liés aux religions quand ceux-ci n’ont pas d’impact négatif.(2)

Il ne s’agit donc pas d’interdire les religions. Il s’agit de battre en brèche les croyances toxiques qui y sont associées. Il me semble que l’ensemble des croyant-e-s, si ils/elles sont progressifs/ves, doit faire un travail de remise en question, déconstruire les aspects toxiques de leur foi et de leurs pratiques religieuses (si toxicité il y a).

Religion et libertaires

Les institutions religieuses, celles critiquées par Bakounine dans son ouvrage Dieu et l’Etat, sont des structures hiérarchisées qui n’ont pas leur place dans une société anarchiste. En son sein, la religion ne peut qu’être pratiquée de manière démocratique ou égalitaire. Dans le cas contraire, elle est un vecteur d’oppression.

Je pense que le positionnement des libertaires auprès des personnes religieuses devrait être le même qu’avec tout autre individu : ces personnes défendent-elles la liberté et l’égalité de tous les individus, y compris de personne ne partageant pas leur foi ? Défendent-elles la mise en commun de la propriété ? Sont-elles capables à renoncer à l’endoctrinement de leurs enfants ? A critiquer les institutions religieuses et les comportements religieux opposés à cette morale ? A accepter que leur notion du sacré est subjective, et à tolérer les actes « blasphématoires » par rapport à ce sacré subjectif ?
Le concept de religiosité toxique permet de définir, en creux, ce que nous en sommes en droit d’attendre des personnes religieuses tout en respectant leur foi. Il ouvre des perspectives d’alliances entre libertaires et croyant-e-s progressifs-ves, un espace où les deux groupes peuvent travailler ensemble à construire une société libre et égale.

(1) Même si nous ne vivons pas en théocratie, les institutions religieuses possèdent une forte influence dans la plupart des pays, que ce soit sur la communauté des croyants ou sur la société dans son ensemble.

(2) A condition que ces personnes professent un acte de foi et non pas une adhésion de nature scientifique, c’est-à-dire qu’elles acceptent que leurs croyances ne sont pas basées sur des faits.

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