Zoopolis – critique partie 2 – Étendre les droits des animaux par la théorie de la citoyenneté

Zoopolis, écrit par les philosophes Sue Donaldson et Will Kymlicka, a pour ambition de théoriser l’inclusion des animaux sentients dans toute leur diversité au sein des sociétés humaines en tant que citoyens. Il s’appuie pour cela sur les idées de souveraineté, de résidence, de migration, de territoire, d’appartenance sociale et de citoyenneté. Cet article est la seconde partie de la critique que j’en fais, ci-dessous les liens vers les autres parties

Partie 1 – Les limites des mouvements animalistes walfaristes, écologiques et abolitionnistes

Partie 3 – Les animaux domestiques au sein de la théorie des droits des animaux (à paraître)

Partie 4 – Les implications d’une citoyenneté des animaux domestiques

Partie 5 – La souveraineté des animaux sauvages

Partie 6 – La question des animaux liminaires + conclusion générale

Étendre les droits des animaux par la théorie de la citoyenneté

Nous avons, dans la première partie de la critique de « Zoopolis » évoqué la notion de « citoyennisme », définie par ses auteur.e.s comme une idéologie ayant pour objectif de donner aux animaux une place par rapport à la société humaine, avec un statut, des droits et des devoirs qui varient en fonction de leur capacité et de leur position face aux humains. Comprendre l’idéologie citoyenniste nécessite avant tout de comprendre la notion qui en est au centre, la citoyenneté.   

La citoyenneté est un statut au sein d’une société (aujourd’hui, habituellement un État), qui garantit un ensemble de droits et d’obligations à une personne d’une part au sein de cette société, d’autre part à l’extérieur de celle-ci. Par exemple, une personne possédant la nationalité française se voit attribuer des droits (de résidence, de vote…) et des devoirs (payer des impôts, se conformer aux lois en vigueur…), et possédera un statut spécifique dans d’autres États, garanti par des accords bilatéraux passés entre la France et ses États, comme le droit de circulation ou de travailler.

Les auteur.e.s distinguent quatre éléments clés de la nationalité : le droit de résidence, le fait de se plier aux lois et règles de coopération, le fait d’être intégré au peuple souverain, de voir ses intérêts compter, et l’agentivité (« agency » dans l’œuvre originale), définie comme la possibilité pour un individu de choisir comment vivre et d’avoir un pouvoir de décision sur les faits qui le concernent. Cette définition diffère légèrement de celles d’auteurs comme Rawls, pensées pour les humains, sur laquelle nous reviendrons dans la troisième partie de cette critique.           

La posture que défend les auteur.e.s est que le principe de citoyenneté peut s’adapter à des relations très diverses, y compris les relations des animaux dans toute leur diversité et des humains. Pour Donaldson et Kymlicka, le refus d’appliquer la citoyenneté aux animaux vient du fait que les relations humains-animaux sont considérées de manière trop restreinte. Cela est vrai bien sûr pour les spécistes, qui considèrent les animaux comme d’une nature fondamentalement différente (et inférieure) à celle des humains, mais aussi pour les tenant.e.s de la posture abolitionniste. Ces dernier.e.s considèrent que les relations entre humains et animaux non-humains doivent être limitées au strict minimum, dans un cadre de non-interférence. Dans ce cadre, ils et elles considèrent que la domesticité, qui implique une dépendance des animaux par rapport aux humains est forcément exploitrice et oppressive, et devrait être éliminée.

Le problème de la non-interférence stricte est qu’elle ignore la cohabitation qui a lieu de fait entre humains et animaux : il est impossible de rendre la majorité des terres inaccessibles aux humains, notamment pour les populations rurales et indigènes, et qu’il est tout aussi impossible d’interdire l’accès des espaces humains aux animaux, notamment ceux qui sont devenus dépendants de ces derniers. L’approche abolitionniste ne prend pas en compte la diversité de la catégorie « animaux sentients non-humains » qui est loin d’être monolithique : un chat domestique, une poule, un rat d’égout, un loup et une chauve-souris non seulement sont des animaux très différents les uns des autres, mais leur relation avec les humains est également de nature complétement différente. Le fait que certaines de ces relations impliquent une dépendance, voire une interdépendance contribue à rendre le principe d’une solution unique aux relations humains-animaux non humains inadapté.

L’ambition du citoyennisme est justement de partir du principe de citoyenneté pour s’adapter à ces profils et relations très divers, pas seulement au niveau des espèces, mais bien au niveau des individus, car des individus au sein d’une même espèce ont des capacités, des besoins, des caractères et des envies qui peuvent différer. La troisième partie de cette critique abordera le 5e chapitre de Zoopolis, qui vise à appliquer le citoyennisme aux animaux domestiques.

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