Pour la reconnaissance de l’antispécisme comme lutte progressiste, pour un antispécisme inclusif : manifeste pour une alliance des luttes

(Je remercie Milkir pour son aide lors de la rédaction de cet essai)
L’objectif de cet article est double : il vise d’une part à expliquer pourquoi le spécisme ne devrait pas être exclu des champs de lutte sociale, et d’autre part pourquoi l’antispécisme devrait être pensé de manière plus complète et remettre en cause plus sérieusement les mécanismes de domination touchant les humains.

Les luttes sociales et les droits des animaux

Les luttes sociales sont des affrontements non armés et qui ne sont pas nécessairement violents, menés par des groupes d’individus visant à faire évoluer certains aspects de la société au sein de laquelle ils vivent, voire de la modifier radicalement. Les luttes sociales progressistes, en France et en 2021, ont pour objectifs de réduire autant que possible les déséquilibres des pouvoirs entre groupes et personnes et de permettre à ces dernières d’être aussi libres que possible dans leurs choix ainsi que de vivre dignement [1].

Aujourd’hui, la plupart des individus et organisations progressistes défendent une approche intersectionnelle, et considèrent comme légitime non seulement la lutte contre les inégalités économiques et sociales, mais aussi celles pour les droits des femmes, des personnes LGBT+, des minorités raciales, des personnes non valides… Cependant, les animaux (et dans une certaine mesure les enfants) sont très rarement considérés, alors que l’oppression qu’ils subissent est justement l’une des plus violente et systématique. Pourtant, ces individus ressentent des émotions, peuvent souffrir, ont des intérêts et des désirs qu’ils sont capables la plupart du temps d’exprimer d’une manière ou d’une autre. Si nous considérons que l’égalité et l’absence de discrimination doivent être la norme [2], alors les caractéristiques propres aux animaux non-humains sentients ne suffisent pas à exclure ces derniers des individus dont on considère légitime de défendre la liberté et la dignité. Pourtant, ceux-ci sont ignorés par la plupart des progressistes. Comment l’expliquer cette impasse ? Est-elle légitime ?

Pourquoi l’antispécisme n’est pas une lutte comme les autres, et pourquoi elle ne devrait pas être ignorée

Les raisons de l’absence de la prise en compte des droits des animaux au sein des mouvances progressistes sont multiples. Le combat pour les droits des animaux est encore marginal, et la plupart des individus qui le mènent sont des libéraux, qui ont rarement bonne presse auprès des militant.e.s progressistes, et ces dernier.e.s n’ont pas forcément d’incitation à réfléchir sur la question. Ne pas remettre en cause l’oppression des animaux non-humain est parfaitement accepté jusque dans les organisations les plus radicales, tandis qu’un anticapitaliste anti-féministe ou une antiraciste homophobe seraient (ou au moins censé.e.s être) considéré.e.s comme défendant des systèmes d’oppressions et remis en question, voire exclus de leurs cercles militants respectifs. Pour ce que j’en ai lu, ceux et celles qui y ont réfléchi ou ont été exposés à des arguments antispécistes mais sont restés spécistes justifient le maintien du statu quo par deux types d’arguments :
Le premier type concerne plutôt le véganisme. Celui-ci serait inapplicable à grande échelle (ce qui reste à prouver), mais aussi réservé à des privilégié.e.s, donc raciste et classiste. Si des critiques du mouvement végane, de certaines injonctions ou certaines comparaisons sont importantes, il reste possible de penser un véganisme accessible et moins occidentalo-centré [3]. De plus, on ne peut que remarquer que la notion d’antispécisme (et donc le caractère systémique de l’oppression des animaux) est souvent ignorée dans ces critiques, et que refuser de considérer l’antispécisme en tant que posture morale sous prétexte que certain.e.s ont eu ou ont des comportements problématiques est aussi vide de sens que de refuser de considérer l’anti-patriarcat sous prétexte que le féminisme est principalement influencé par des femmes blanches de classe moyenne ou supérieure.
Le second et le plus important, que sous-entend l’invisibilisation de la notion d’antispécisme, est l’idée que cette lutte ne serait pas une lutte sociale puisque les animaux ne s’organisent pas directement, donc que leurs intérêts seraient secondaires, voire n’auraient aucune valeur. Cette idée que seuls des humain.e.s (les antispécistes) luttent pour les droits des animaux et que ce combat est exclusivement un « combat d’allié.e.s » repose sur des préjugés obsolètes et une méconnaissance des animaux non-humains. Ceux-ci, comme les enfants (surtout les plus jeunes) ou certaines personnes non valides, sont victimes de l’idée qu’une lutte ne peut qu’être menée directement par les personnes opprimées et contre les oppresseur.e.s, et que tout compromis ne peut être que le fruit d’une lutte entre ces groupes et jamais un bénéfice mutuel. Si je ne remets pas en cause la pertinence de cette approche pour les luttes sociales « typiques », elle n’est parfois tout simplement pas applicable, car elle présuppose un pouvoir de réflexion et d’action minimal dont tous les groupes ne disposent pas.

Axelle Playoust-Braure fait le parallèle entre d’une part l’invisibilisation des intérêts des animaux et le refus de considérer la non-humanité comme catégorie politique et d’autre part la non prise en compte des femmes comme sujets politiques en tant que telles, qui a été la norme jusqu’à la seconde vague du féminisme. La différence entre ces deux situations est que certaines femmes au moins ont eu les moyens de remettre en cause intellectuellement leur oppression et leur exclusion des luttes, d’affirmer la pertinence du genre comme critère de distinction, ainsi que la capacité de s’organiser collectivement et suffisamment de pouvoir pour faire valoir leurs droits. Les animaux non-humains luttent à leur manière (les nombreuses tentatives de résistance des animaux amenés à l’abattoir ou séparés de leur petits l’illustrent) mais n’ont pas les capacités de penser leur oppression, ni celles de se conformer à l’esthétique des luttes légitimes, ni le pouvoir de s’organiser politiquement comme les femmes et d’autres groupes l’ont fait, donc cette lutte ne rentre pas dans le cadre de ce qu’est une lutte légitime selon les progressistes spécistes.

Je considère ainsi, comme les progressistes spécistes, l’antispécisme comme une lutte différente des luttes sociales humaines, mais ma conclusion est radicalement différente : c’est précisément parce que les animaux non-humains ne possèdent qu’un pouvoir très limité qu’il faut être particulièrement attentif à leurs intérêts et les assister dans leur lutte. Considérer que seules les personnes « capables » de lutter (selon les critères définis par et pour des humains adultes et valides) est validiste, et c’est défendre certaines oppressions que de défendre cette idée. Je suis convaincu que faire évoluer la lutte intersectionnelle actuelle pour y intégrer l’antispécisme et considérer les animaux comme des individus politiques qu’on ne peut ignorer est à la fois possible et souhaitable.

Ainsi, la lutte contre les oppressions serait incomplète si elle ignorait les animaux non-humains, et plus généralement les individus non seulement incapables de militer en utilisant les codes dominants, mais aussi d’imposer les leurs (comme l’ont par exemple fait les féministes), et plus généralement de s’organiser collectivement. Ceci établi, il me semble important de parler de la relation entre la morale antispéciste et les exploitation visant les humains.

Antispécisme, capitalisme et salariat

De même que je pense que la lutte contre l’oppression des animaux non-humains une part intégrante des luttes progressistes, je considère que l’antispécisme ne peut, par définition être pro-capitaliste. J’ai co-écrit un article sur le sujet et, si mon avis a évolué sur certains aspects, je soutiens toujours son raisonnement logique principal, qui est  :

1/ l’antispécisme vise à l’égale considération des intérêts entre animaux sentients, humains et non-humains.       
2/ Tous les antispécistes que j’ai rencontré ou entendu soutiennent l’idée que l’exploitation des animaux non-humains est une mauvaise chose et doit être limitée autant que possible, même si ils peuvent exprimer des désaccord sur la manière de le faire. Cette position implique notamment d’avoir un mode de vie végane, qui consiste à ne pas consommer de produits issus de l’exploitation animale dans la mesure du possible.
3/ Il serait logique d’inclure dans l’antispécisme l’exploitation humaine, puisque les humains sont des animaux sentients, censés de ce fait bénéficier d’une égale considération des intérêts avec les animaux non-humains.

Les sociétés actuelles ne permettent pas à de nombreux individus d’avoir une vie libre et digne, ni même d’être satisfaits de leur conditions d’existence et cela même dans les pays les plus riches. Cet article (que j’ai également co-écrit) résume les principales conséquences négatives de l’application du capitalisme (notamment dans sa forme néolibérale).

D’un point de vue concret, le fonctionnement non démocratique (ou imparfaitement démocratique) des structures politiques et économiques entraîne une négation de la liberté et de la dignité de nombreux individus. En particulier, le salariat est un des principaux mécanismes privant les individus de leur liberté et de leur dignité. Même si leur situation n’est pas celle de la servitude ou de l’esclavagisme, la situation des salarié.e.s relève le plus souvent (voire toujours, si on se place dans une optique communiste) de l’exploitation. La plupart des travailleurs et travailleuses, en France comme dans le monde, sont salarié.e.s dans des entreprises privées ou publiques. Ils et elles ont une influence très limitée ou inexistante sur le fonctionnement et les décisions stratégiques de l’organisation au sein de laquelle ils et elles travaillent, dépendent d’ordres de leurs supérieurs hiérarchiques, et se voient pour les entreprises du secteur privé retirer une partie du fruit de leur travail (pour financer les profits, qui sont la raison d’être de toute entreprise capitaliste).
Certain.e.s pourront arguer que le salariat est de droit un contrat fait entre deux parties libres, ce qui est le fondement de sa légitimité dans une société libérale, et qu’en France les salarié.e.s sont protégé.e.s au moins dans une certaine mesure par le code du Travail. Cependant, ces éléments ne suffisent pas à considérer que le salariat n’est pas une forme de servitude, car ces mécanismes ne font que réduire le déséquilibre des pouvoirs entre patron.ne.s et salarié.e.s sans l’annuler complétement. Pour ces dernier.e.s, qui ne possèdent pas de capital (ou trop peu pour leur permettre une vie oisive confortable), être salarié.e est une obligation, quand tenter d’exercer une activité indépendante est trop risqué ou nécessite un trop grand investissement (et même les entrepreneurs indépendants ne sont pas à l’abri d’autres entreprises, que ce soit en tant qu’auto-entrepreneur.e.s, de plus en plus souvent salariat déguisé ou en tant que sous-traitant.e.s). Les salarié.e.s sont souvent victimes de maltraitance, d’accidents de travail, de burnout etc., et sont traités non pas comme des individus mais comme des ressources à exploiter et remplacer lorsque c’est nécessaire. Un tel traitement ne me semble pas compatible avec l’éthique antispéciste, pour laquelle la négation de l’agentivité et l’exploitation des êtres sentients est inacceptable. Même si on peut envisager des cas où les deux parties trouvent leur compte dans une situation de salariat, je doute que la plupart des individus satisfaits de leur travail soient aussi satisfaits qu’ils pourraient l’être dans une société plus égalitaire et où le travail est moins central.

Réflexions sur les applications concrètes de l’éthique antispéciste

Maintenant qu’il est établi que la société capitaliste et plus particulièrement le salariat sont la source d’exploitation d’humain.e.s, que faire en tant que végane antispéciste ? Après tout, le salariat est omniprésent dans notre société, et ce n’est pas sans raison que l’adage « il n’existe pas de consommation éthique sous le capitalisme » existe. Mais, s’il est aujourd’hui impossible ou presque de ne consommer aucun produit issu de l’exploitation humaine, le périmètre de ce qui est considéré comme végane pourrait être élargi à certaines actions :

  • Acheter des produits issus d’entreprises coopératives (notamment les SCOP)
  • En règle générale, favoriser les organisations qui sont organisées en démocratie directe par rapport à celles dont le fonctionnement hiérarchique est vertical.
  • Pour les travailleur.e.s indépendant.e.s, privilégier l’organisation coopérative au salariat.
  • Acheter ou échanger des produits fabriqués (ou récoltés) par des proches, ou par un.e artisan indépendant.e (n’employant pas de salarié.e.s ou étant organisés en coopérative, justement)
  • Acheter des produits d’occasion (considération utile notamment pour les produits dont on peut difficilement envisager de se passer mais qui ne sont produits qu’en usine).

La diffusion de telles pratiques (qui ne sont que quelques exemples de l’application de la morale antispéciste à l’exploitation humaine) par les individus véganes ne mettrait pas fin ni au capitalisme ni à l’exploitation d’humain.e.s, en tout cas pas à court terme. Mais, comme pour le véganisme, changer ses pratiques individuelles n’empêche pas de défendre des évolutions sociétales globales telles que le renversement du capitalisme ou l’établissement d’instances de gouvernance démocratiques. Les véganes antispécistes luttent par exemple, au-delà de leur seule consommation, pour la fin de la chasse ou de l’élevage.
Ce « véganisme pour les humain.e.s » contribuerait à rendre notre société plus égalitaire et plus libre, ne serait-ce que de manière marginale, ce qui me semble toujours préférable au statu quo. Sur le plan stratégique, elles contribueraient à montrer qu’une société sans exploitation est possible et même désirable, de même que la pratique de plus en plus courante du véganisme montre qu’une société antispéciste est possible. Elles pourraient également convaincre les progressistes spécistes de considérer les antispéciste comme des allié.e.s, ce qui contribuerait à normaliser l’antispécisme comme lutte légitime. Si ces pratiques sont au moins aussi difficiles à appliquer que le véganisme, et peut être même plus dans notre société actuelle, plus le nombre de personnes qui essaient est important, plus les solutions seront nombreuses et plus cela deviendra facile, comme pour le véganisme. Il faut cependant garder à l’esprit qu’un tel comportement risque d’entraîner une contre-attaque idéologique et politique plus dure encore que la criminalisation des mouvements antispécistes ou l’actuelle végéphobie, contre-attaque qu’il faut prévoir et prendre en compte.

Rendre le véganisme plus inclusif, ou plus complet, n’est que la conséquence logique des postulats moraux sur lesquels la lutte antispéciste est basée, et je veux croire que la plupart des antispécistes seraient prêts à faire évoluer leurs pratiques et leurs revendications dans cette direction.

Conclusion

Cet article vous aura, je l’espère, convaincu de l’existence d’une convergence idéologique entre la mouvance progressiste radicale et la mouvance antispéciste, convergence jusqu’ici obscurcie par les influences respectives du spécisme et du libéralisme. La concrétisation d’une telle convergence serait non seulement logique sur le plan moral mais aussi décisive sur le plan stratégique : un mouvement uni posséderait non seulement une plus grande cohérence idéologique, mais aussi une influence et un pouvoir d’action sans commune mesure avec ceux des deux mouvances isolées. Même si une intensification de la répression étatique serait à prévoir, je pense qu’une telle union idéologique et pratique resterait largement positive.

Je me permets de conclure, afin de vous permettre d’aller plus loin, par quelques références : concernant l’antispécisme, le site de l’association L214, le blog de Florence Dellerie, le site collaboratif l’Amorce et l’appel pour une lutte antispéciste révolutionnaire d’antispécistes vaudois ; concernant les luttes sociales cet article au sujet de l’aliénation du travail, L’Anarchie de Malatesta et le manifeste de l’Union Communiste Libertaire. N’hésitez pas à proposer d’autres sources

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[1] Ces approches peuvent être réformistes, c’est-à-dire avoir pour ambition de modifier les structures sociétales sans les remettre en question ou radicales, c’est-à-dire avoir pour ambition de les changer complétement. Je m’intéresserai ici aux approches radicales, les approches réformistes étant plus proches du welfarisme que de l’antispécisme et ne me semblant pas pertinentes. De plus, je reconnais que d’autres raisons peuvent pousser des individus à s’engager dans les luttes sociales, mais je considère que les individus qui ne sont pas (ou plus) motivé.e.s par la réduction des inégalités et la promotion de la liberté et la dignité des individus ne peuvent être considérés comme progressistes, et ce n’est pas à elles et eux que je fais référence dans cet article.

[2] Cette idée prend pour appui le fait que rien dans les caractéristiques propres aux animaux non-humains ne permet de les exclure de l’égalité par défaut que les progressistes accordent aux humains, argument développé dans cet article

[3] A noter que cet article de MrsRoots date déjà de 2014. Ces réflexions sont donc loin d’être neuves.

5 réflexions sur “Pour la reconnaissance de l’antispécisme comme lutte progressiste, pour un antispécisme inclusif : manifeste pour une alliance des luttes

  1. Kysic

    Merci pour cet article et ce parallèle intéressant.
    Je précise que vais m’efforcer d’avoir un point de vu critique (que j’espère constructif) mais cela ne veut pas dire que je pense que l’article est « mauvais ».
    Je pense qu’il est important de bien différencier véganisme, anti-élevage et anti-spécisme.
    Je pense en effet qu’il reste cohérent d’avoir une position anti-spécisme et pour autant d’être pour l’élevage. En effet que l’on décide de faire de l’élevage ou non, dans les deux cas on prend une décision pour les animaux. Et si cela peut paraitre illogique au vegan, il me semble que l’on peut pourtant tout fait justifier de dire que l’élevage (enfin disons certaine forme d’élevage) est dans l’intérêt des animaux. Oui vous avez décider de la vie et de la mort d’un animal, mais si au final cet animal « ne regrette pas » d’avoir vécu, le bilan est positif. C’est pour la même raison qu’il reste moral de faire des enfants qui pourtant vous souffrir à des moments de leur vie, on espère que le bilan sera positif.
    Et c’est intéressant parce que c’est aussi une vision qui peut en parti défendre une vision paternaliste pouvant être utiliser en défense du salariat : « quelle est l’alternative au salariat ou à notre société capitaliste et cette alternative est-elle vraiment mieux pour les gens ? ».
    Je pense qu’il y a peu de personne qui défendront que notre société est parfaite, par contre il y a beaucoup d’opposition (et parfois justifier) lorsque l’on essaie de proposer un modèle alternatif.
    Par exemple si on parle de revenu universel, je pense que ce dont les gens on peur c’est qu’une majorité de personnes ne fassent plus rien d’utile à la société et que cela nuise à tous au final.

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    1. Bonjour, et merci pour vos remarques.
      Le véganisme, qui est un mode de consommation, est effectivement à différencier de l’antispécisme, qui est une éthique. Certaines organisation véganes se sont même démarquées de l’antispécisme : https://www.federationvegane.fr/documentation/terminologie/ne-pas-confondre-veganisme-et-antispecisme/
      Une position antispéciste peut en effet être compatible avec une certaine forme d’élevage : c’est celle que défendent les auteurs de Zoopolis, dont je parle dans cet article : https://dogmadelendaest.wordpress.com/2021/12/15/zoopolis-partie_4/ Cependant, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de prendre des décisions pour les animaux, sauf dans certains cas (avec les nouveaux-nés par exemple), car je pense que dans la plupart des cas la satisfaction pour la personne de contrôler sa vie est supérieur aux mauvaises conséquences des erreurs faites. Je n’en considère pas moins qu’une société a le rôle de proposer un aussi bon environnement de vie que possible aux individus qui l’habitent. Par ailleurs, décider de tuer des animaux pour notre consommation me semble inacceptable dans tous les cas.

      Je vous rejoins sur le fait que proposer une alternative au capitalisme n’est pas aisé. Pour le revenu universel comme pour d’autre chose, je pense qu’il est vital d’expérimenter et de savoir s’adapter au contexte (sans renier ses idéaux pour autant).

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      1. Kysic

        Je ne comprends pas trop comment vous pourriez penser « qu’il n’est pas nécessaire de prendre des décisions pour les animaux » et être contre certaine forme d’élevage. Être contre l’élevage c’est prendre la décision que l’élevage n’est pas bon pour les animaux et lutter contre l’élevage c’est décider à la place des animaux (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire).

        Pour la phrase « je pense que dans la plupart des cas la satisfaction pour la personne de contrôler sa vie est supérieur aux mauvaises conséquences des erreurs faites. », plusieurs remarques :
        – d’une certaine façon cette phrase implique que vous décidez pour les animaux et en plus avec un biais spéciste. C’est parce que pour vous humain il y a une grande satisfaction a contrôler votre vie que vous étendez cette vision aux autres animaux.
        – l’élevage ce n’est pas juste prendre des décisions pour les animaux, cela peut aussi être les nourrir, en prendre soin, dans l’idéal leur permettre de se déplacer dans le monde extérieur et d’avoir des interactions avec les autres animaux de leur espèce.
        – le « dans la plupart des cas » implique que vous pensez qu’il y a une limite à cela.
        – Je vois difficilement comment on pourrait justifier pourquoi aucune collaboration entre espèce ne peut être mutuellement bénéfique (ou aucune collaboration entre humain et une espèce).

        Pour l’argument « tueur des animaux pour les manger c’est mal », vous avez bien sûr le droit d’en faire une valeur morale « intuitive » que vous n’avez pas à justifier. Mais pour ma part c’est un argument pour lequel il ne me parait pas si simple de trouver des justifications.
        Il me semble « assez facile » de justifier que « fait souffrir » c’est mal ou que « les conséquences d’accepter de tuer des humains dans notre société actuelle sont mauvaises (hors euthanasie, légitime défense, etc) », mais dans le cas de l’élevage pas si évident que cela, surtout si ne pas tuer cela veut aussi dire ne pas faire naître.

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      2. Je me répète mais les animaux non-humains sont le plus souvent capables d’exprimer eux-mêmes ce qu’ils souhaitent, et à ma connaissance ils ne souhaitent pas passer leur vie enfermés dans des cages ou tués pour qu’on les manges ou qu’on fasse des manteaux avec leur peau. Je ne projette pas mon ressenti d’humain, mais ai pu observer leurs réactions dans ces situations ci-dessus. Si vous avez des preuves que le désir de liberté est le propre de l’humain, je vous invite à me le faire parvenir.
        On peut cohabiter avec les animaux, prendre soin d’eux et même profiter de ce qu’ils ont à nous apporter (les œufs ou l’entretien de prés par exemple) sans leur faire du mal et en respectant leurs désirs, c’est justement le sujet de l’ouvrage Zoopolis, cité dans mon précédant commentaire, avec lequel je suis en accord.

        L’argument « tuer les animaux est mal et devrait être évité si possible » est un argument moral, oui, de même que l’argument « tuer des humains est mal et devrait être évité si possible ». J’assume de défendre les deux, car tuer un individu revient à le priver de la liberté de disposer de lui-même (et vous semblez défendre le fait qu’il est important de ne pas décider à la place des autres).

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  2. Kysic

    Je pense que nous sommes d’accord sur beaucoup de choses mais je vais essayer d’expliciter mon propos pour le rendre plus intelligible.

    Dans notre société actuelle, nous avons (de manière non exhaustive) le choix de faire ou non les choses suivantes :
    – Payer pour acheter de la viande (ou du lait, des œufs) : on paie alors à la fois pour élever des animaux et pour les tuer. Ce choix peut bien sûr être plus précis, on peut choisir des produits d’élevage dans telle ou telle condition et donc cela fait varier la quantité de bonheur/souffrance de ces animaux durant leur vie.
    – Le choix de militer pour faire cesser toutes formes d’élevage (donc ne pas « faire naitre » des animaux qui seraient nés sans nos actions).
    – Le choix de militer pour améliorer les conditions d’élevage des animaux (donc améliorer le ratio bonheur/souffrance des animaux que l’on fait naitre).
    – Choisir de donner de l’argent pour élever des animaux sans les manger.

    Ces choix ont bien sûr des conséquences diverses, dont des conséquences sur l’environnement et bien sûr des conséquences sur des animaux.
    Pour choisir de faire ou non une chose, il paraît logique de comparer les conséquences si l’on fait cette chose avec les conséquences si on ne l’a fait pas.
    Et prendre en compte les conséquences sur les animaux, cela veut (à mes yeux) se demander si c’est bon ou pas pour eux, donc c’est prendre une décision pour eux.

    Je ne vois que deux situations on l’on pourrait considérer ne pas avoir pris de décision pour eux :
    – Si l’on a jamais réfléchi au problème. On fait comme le reste de la société ou comme ceux qui nous ont élevé sans se poser de question.
    – Si on considère qu’il est tout à fait impossible de savoir ce que voudrait les animaux, on exclut le fait de considérer leur intérêt dans le choix que l’on fait.
    A noter que même dans le cadre de cette dernière possibilité, on peut encore utiliser des arguments de type « tuer c’est mal », mais l’argument n’est plus alors « tuer c’est mal à causes des conséquences sur les animaux » mais « les humains ne doivent pas tuer ». On peut ainsi choisir d’être contre l’élevage non dans l’intérêt des animaux mais parce que l’on pense que c’est une mauvaise valeur pour les humains. Une des conséquence est que la distinction sur le caractère « sentient » pour décider quelle forme de vie on peut cultiver/élever perd aussi de sa pertinence dans ce cadre là (puisque l’on ne s’intéresse plus au rapport bonheur/souffrance des animaux).

    Si l’on défend un point de vue « dans l’intérêt des animaux », on n’est pas dans une de ces deux situations.
    Pour ma part je ne défends donc pas l’idée que c’est mal de décider pour les autres, puisque je pense que c’est même impossible. Mais décider pour les autres cela ne veut pas dire ignorer ce qui semble être le mieux pour eux. Cela passe par étudier leur ressenti mais pas que.
    Je suis bien sûr d’accord avec vous qu’un animal préfère être libre de ces mouvements, avoir de quoi manger, être en sécurité, et pour certains avoir des interaction avec ces camarades ou d’autres espèces.
    De plus même être d’accord sur la vie idéale d’un animal d’une espèce ne suffit pas à décider ce que l’on doit faire dans les choix qui sont à notre portée.
    On peut se battre pour améliorer les conditions d’élevage, cela laisse toujours la question difficile de savoir à quel moment on considère qu’il vaut mieux qu’il y ait un élevage ou pas du tout.
    Attention, quand on atteint ce niveau cela ne veut pas dire qu’il faut s’arrêter d’améliorer les conditions, cela veut dire qu’il est préférable pour les animaux élevés que cet élevage existe plutôt qu’il n’existe pas (et donc d’une certaine façon de consommer ses produits plutôt que de ne rien consommer).
    Pour répondre à cette question, je pense qu’il faudrait être capable de savoir si les animaux regrettent d’avoir vécu ou non, à quel moment ils préfèrent vivre dans les conditions qu’on leur impose plutôt que de ne pas vivre.
    C’est cela la question à laquelle il est difficile de répondre mais pour laquelle on peut néanmoins faire de notre mieux pour avoir des éléments. Chez l’humain, le taux de suicide est un indicateur mais je n’ai pas l’impression qu’il soit très valable pour les animaux (en supposant qu’ils aient les moyens de suicider s’ils le souhaitaient).

    Il y a bien d’autres questions encore plus difficile à répondre, notamment si l’on considère que notre monde à des ressources limitées et donc que l’on ne peut nourrir qu’un nombre d’animaux (humain compris) limité, et donc qu’à un moment il se pose la question de quelle espèce plutôt que telle autre ou s’autorise à collaborer avec et donc donner un avantage par rapport aux autres.
    Il y a aussi la question du temps présent par rapport au futur, etc.

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