Liberté, liberté chérie 3/3 : l’argument de la liberté comme justification du carnisme

Nous avons parlé dans le second article de notre série des libertés de la question du traitement des enfants. Leur autonomie et intégrité est souvent niée au nom de celle de leurs « possesseurs », qu’il s’agisse des parents, des adultes de leur entourage ou des autorités gouvernementales. Ces dernièr.e.s prétendent agir pour leur bien de ces enfants tout en défendant leur propres intérêts et valeurs, ou invisibilisent leur existence en tant qu’être indépendants. Il est Intéressant de constater que de nombreux-ses « anti-véganes » utilisent des arguments très similaires à ceux d’adultes réticents à concéder plus de liberté et d’autonomie aux enfants. Comment de tels arguments sont utilisés pour justifier l’exploitation des animaux ?

Les arguments anti-véganes généralement utilisés par les carnistes[1] tels que l’appel à la nature , le cri de la carotte, l’appel aux traditions, la nécessité de réguler les populations animales par la chasse, le fameux « soja d’amazonie des véganes » qui sert en réalité principalement à nourrir les animaux d’élevage… sont bien connus des véganes et antispécistes et ont vu leur caractère inepte amplement démontré, de même que les attaques ad hominem contre les véganes qui seraient chiant.e.s ou hystériques (attaques que subissent également les féministes). Je ne reviendrais pas sur tous ces arguments, si ce n’est pour remarquer que c’est rarement l’antispécisme en tant que philosophie qui est attaqué, mais plutôt le véganisme présenté comme un mode de vie ou les véganes eux et elles-mêmes.

Je vais aujourd’hui uniquement me concentrer, pour rester fidèle au thème de cette série d’article, sur les arguments qui s’appuient sur la liberté des humain.e.s omnivores de consommer de la viande. L’argument de la liberté de manger ce qu’on souhaite est un argument clé de nombreux carnistes, et est par exemple utilisé de manière directe par Pas vegan, qui tient un blog ainsi qu’une chaîne Youtube. Celui-ci présente un profil plus typique que celui de l’ « anti-antispécisme » de Bronner (dont nous avions déjà discuté sur ce blog) et son contenu est en partie centré d’une part sur le plaisir de la consommation de viande, plaisir menacé par les véganes.

L’argument de la menace que les véganes représenteraient pour les libertés n’est pas en soi le plus utilisé par les anti-véganes, il est central à la plupart des critiques qui visent les antispécistes, telles que le fait d’être relou.e.s ou de troubler l’ordre public (spéciste). De fait, le militantisme, ou même la simple existence de ces dernier.e.s représente une menace sur le mode de vie des personnes qui consomment de la viande ou des produits d’origine animale. Les véganes ne sont pas chiant.e.s simplement du fait de leur régime alimentaire, mais du fait qu’ils et elles forcent la justification et la remise en question de la consommation de viande. Bien sûr, les carnistes n’ont aucun intérêt à une telle remise en question, puisque le statu quo leur convient parfaitement. Comme pour les adultes qui justifient les mutilations génitales d’enfants, cette position n’est tenable si une des deux parties (ici, les animaux), voit son autonomie et ses intérêts complétement invisibilisés et même rattaché à l’intérêt et l’autonomie des individus qui les exploitent ou les abusent.

Certes, ne pas manger de la viande est une « privation », une limitation du champs des possibilité des humain.e.s, mais elle ne l’est pas plus que le fait de ne pas pouvoir tuer son voisin ou sa cousine. Si l’homicide est illégal alors que les animaux non-humains sont tués par milliards chaque années pour être consommés, ce n’est pas une simple question de liberté mais bien de l’inclusion ou non dans le cercle des individus dont les intérêts, et par extension la vie, a la moindre valeur. C’est justement du fait de leur défense d’une éthique égalitariste, et parce qu’ils et elles considèrent vital de mettre en avant les intérêts de toutes les individus sentients indépendamment de leur espèces, que les antispécistes sont antispécistes.

Cette négation de l’existence en tant que catégorie d’individus digne de considération n’est pas spécifique aux animaux et aux enfants, et elle peut concerner d’autres catégories d’individus. Cependant, elle dépend d’un rapport de force extrêmement déséquilibré, et me manque de capacité des animaux et enfants à lutter selon les critères acceptables et à s’organiser rend ce déséquilibre systématique. Ces pour ces raisons que les luttes contre l’âgisme et le spécisme, loin d’être annexes ou secondaires, devrait occuper une place centrale dans le militantisme progressiste.

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[1] Plusieurs définitions du terme « carniste » cohabitent, mais je décris ici les individus qui défendent la consommation de viande et de produits d’origine animale de manière explicite et dans un cadre militant.

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