Pourquoi il faut en finir avec les monopoles sur la recherche

Cet article est le second d’une série traitant des enjeux méthodologique et politique de la recherche scientifique. Le premier, disponible ici, a été l’occasion d’offrir une définition et une classification des études scientifiques. Il portait avant tout sur des questions méthodologiques mais, comme je l’ai précisé dans sa conclusion, de telles réflexions ne peuvent suffire seules. En effet, la production d’études scientifiques n’est pas marquée uniquement par des questions de logique et de praticité. Cette production possède également une composante sociale, et l’ignorer nous condamnerait à échouer à comprendre l’ensemble des dynamiques qui l’influencent. En effet, les prémisses sur lesquelles s’appuient les hypothèses ou le choix même du sujet traité, la méthode employée et l’interprétation des résultats obtenus dépendent des personnes qui produisent les études comme des conditions dans laquelle elles le font. Et justement, le terme de « production » n’est pas anodin, mais répond à la volonté d’ancrer le processus de construction du savoir scientifique dans le matériel et de ne pas considérer ces savoirs indépendamment de l’environnement qui a conduit à leur élaboration.
Ceci établi, que peut-on dire des personnes qui produisent les études scientifiques et de leur condition de production ?

Qui produit les études universitaires ?

La production d’études universitaires a beaucoup évolué, notamment depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Comme l’explique Strasse [1], la pratique universitaire s’est alors massifiée et mondialisée à un niveau sans précédent. Cette mondialisation a conduit à une forte augmentation du nombre des étudiant.e.s et à une répartition géographique plus variée des structures académiques, mais n’a remis en question que très partiellement l’influence des structures universitaires présentes des régions les plus riches du globe. De plus, si les systèmes de production scientifique se sont massifiés, ils n’ont pas changé de nature : la notion de « R&D », censée rassembler les travaux de nature scientifique, est étroitement associée au monde académique et dans une certaine mesure aux entreprises. Les individus qui ne sont pas employés par ces institutions, puisqu’ils sont de fait écartés des parcours de production comme de diffusion des études scientifiques [2].

Si on considère qu’une société démocratique [3], est préférable à une société inégalitaire, on peut déplorer qu’une si grande partie de la population soit exclue d’une activité à l’enjeu aussi critique que celle d’influencer l’état de la somme des connaissances et par ce biais les représentations de notre environnement ainsi que le développement de nouvelles technologies. D’un pont de vue pragmatique, nous avons également de nombreuses raisons de considérer que la recherche académique et d’entreprise, si elle a permis et permet toujours des progrès significatifs en matière de recherche théorique comme de développement de nouvelles technologies, possède des défauts inhérents suffisamment importants pour considérer qu’une alternative à ces modèles pourrait être plus égalitaire sans être nécessairement moins efficace [4].

« Guerre des sciences » et dérives réelles ou supposées des institutions scientifiques

J’ai évoqué, dans la partie précédente l’existence de nombreuses controverses au sujet de la définition de ce qui relevait ou non du caractère de science. L’une d’elle, qui fait suite à la controverse de Sokal [5] puis à la parution d’« impostures intellectuelles », ouvrage écrit par Sokal et Bricmont, est érigée comme un exemple de la « guerre des sciences » et de la critique de certaines pratiques scientifiques, habituellement issues des disciplines décrites comme appartenant à la catégories des sciences dites humaines et sociales (ci-après SHS). Les affaires Sokal ne laissent aucun doute quant à son hostilité face aux SHS et aux biais négatifs qu’il entretient à leur égard. Quant à Bricmont, s’il était libertaire lors de la parution d’impostures intellectuelles, sa crédibilité s’est vue entaché, entre autre, par la dérive antisémite à laquelle il s’est livré depuis. Ceci dit, recentrons-nous sur la « guerre des sciences ». Je n’ai pas caché dans mon précédent article ce que je pensais de cette division des disciplines scientifique, à savoir rien de bon. Fournir une alternative d’une part au découpage entre disciplines scientifiques (psychologie, physique, sociologie, linguistique…), d’autre part au découpage entre sciences dites naturelles et SHS était justement l’un de ses objectifs. Les principaux arguments qui soutiennent la distinction entre sciences naturelles et SHS ont été réfutés par Dominique Reynaud dans son ouvrage La sociologie et sa vocation scientifique [6]. Cette « guerre des sciences » n’a donc pour moi pas lieu d’être puisque je considère que la distinction n’est pas pertinente sur le plan épistémologique.

Cependant, et malgré tout ce qu’on peut reprocher à ces individus, l’une des critiques faites par Sokal et Bricmont dans « impostures intellectuelle » me semble suffisamment intéressante pour que nous l’étudions de plus près. Ceux-ci reprochent à certain.e.s scientifiques, souvent surnommés « postmodernes » tels que Derrida, Deleuze, Lacan ou Foucault, dont l’influence reste significative au sein de certains courants universitaires, la manière dont ils et elles ont utilisé des termes empruntés aux mathématiques ou à la physique. Ce que leur reprochait Sokal et Bricmont n’était pas l’emploi de ces termes en soi mais le fait que ces termes soient au mieux mal compris, aux pires définis sans cohérence ni considération pour les pratiques propres à la discipline où ils sont habituellement et employés avant tout afin de donner à des propos une légitimité scientifique qu’ils ne devraient pas avoir. Lacan emploie par exemple le terme « topologie » ou celui de « compacité » de manière fantaisiste afin de donner à ses thèses psychanalytiques pseudoscientifiques l’illusion de la scientificité par association avec les mathématiques.

Une interprétation possible de cette critique, que je ne partage pas puisqu’elle ne prend pas en compte le caractère pluriel des études scientifiques, est que certain.e.s (ou la majorité, selon les individus qui émettent ce genre de critiques) scientifiques travaillant dans les disciplines des SHS n’appliquent pas correctement la méthode scientifique. Or, si l’existence de mauvaises pratiques est indéniable, l’état actuel de nos connaissances au sujet des critères de scientificité et des méthodes de recherche scientifique ne nous permet pas de généraliser ces critiques à tout un ensemble un champ disciplinaire. Je pense plutôt que cette critique doit nous amener à des réflexions plus générales concernant le fonctionnement de la recherche scientifique au sein des universités. Pour ma part, elle m’inspire deux constats. Le premier est un manque de formation transversal et un manque de communication entre les chercheur.e.s appartenant aux différentes disciplines, qui conduit à des incompréhensions de certains concepts puis à des impostures, délibérées ou fruits d’erreurs. Celles-ci ne sont pas toujours remises en question car la « revue par les pairs » est avant tout une revue par des pairs appartenant au même milieu de recherche, qui ne possèdent pas nécessairement les compétences pour les mettre à jour. Un tel problème pourrait être résolu par une réforme de la formation universitaire et de la pratique de la recherche universitaire. Le second constat, autrement plus préoccupant selon moi, est celui-ci : « un nombre significatif d’études scientifiques ne peuvent être considérées comme fiables, soit parce qu’elles font preuve d’une inhabilité à utiliser des outils méthodologiques considérés adaptés au type d’étude mené et aux objectifs qu’elles déclarent, soit parce que leurs expériences contiennent des erreurs ou les résultats en sont mal interprétés (que l’un comme l’autre soit le fruit d’une erreur sincère ou d’une manipulation délibérée), et la manière dont les études scientifiques sont actuellement menées, c’est-à-dire dans un cadre académique ou privé, ne permet pas de mettre fin de manière efficace à ces dérives ». Ce constat est plus général que celui que font Sokal et Bricmont, car il ne se limite pas aux disciplines dites de SHS mais est généralisable à tous les champs de la recherche scientifique : la crise de la réplication qui a secoué les champs de la médecine et de la psychologie (et qui ne peut être considérée comme résolue aujourd’hui) en est une autre illustration. Je concède que le seul ouvrage de Sokal et Bricmont ne saurait être suffisant pour justifier une telle affirmation, que je vais donc étayer en m’appuyant sur un ensemble d’études et de constats.

Les apports de la pratique scientifique académique

Avant de me livrer à une critique des pratiques de recherche et des institutions académiques, il me semble important de préciser que celles-ci ont permis et permettent encore des progrès dans la pratique scientifique, qui se sont traduits par des avancées décisives sur le plan technologique comme sur l’évolution des paradigmes. Les institutions académiques sont notamment très efficaces pour former des personnes compétentes pour mener des études scientifiques et pour donner un cadre de travail efficace à ces dernières, en permettant un accès à des outils de recherche de pointe et en facilitant la communication et le travail collectif entre chercheur.e.s. De plus, ces institutions assurent l’existence de mécanismes de contrôle tel que celui de la relecture par les pairs qui, s’ils ne sont pas complétement efficaces pour empêcher les dérives, ont au moins le mérite d’exister. Cependant, ces garde-fous me semblent insuffisants pour compenser les faiblesses structurelles des institutions académiques que je vais décrire ci-dessous.

Les universités, des structures hiérarchisées

L’existence d’une hiérarchie verticale rigide dans les structures telles que les entreprises, les collectivités territoriales ou les universités est généralement acceptée et même considérée comme allant de soi dans nos sociétés. Sur le plan éthique, l’existence de ces hiérarchies peut être considérée comme néfaste si on considère les intérêts des individus comme égaux : en réservant le pouvoir de décision entre les mains d’un nombre limité de personnes, ces hiérarchies empêchent la plupart des individus de participer à la prise de décision sur des sujets qui les concernent. Ces inégalités sont d’autant plus injustes que le fait de se situer dans une position hiérarchique élevée ne dépend pas du mérite, qui est un mythe : que les individus en position d’autorité tendent justement à utiliser, consciemment ou non, pour conserver leur légitimité aux yeux des autres individus, mais plutôt d’un mélange de compétences, de capital financier ou culturel, de relations, éléments qui sont déterminés socialement ou génétiquement [4]. 

En dehors des considérations éthiques, qui ne concernent d’ailleurs pas que le domaine de la production des études scientifiques, la présence de hiérarchies universitaires aussi strictes, au sein desquelles la carrière de nombreux-ses travailleur.e.s dépend du bon vouloir de leurs supérieur.e.s, ne peut que favoriser le conservatisme et le conformisme quant aux choix concernant les sujets d’études et la manière dont ils sont étudiés. Certaines idées, voire un champ pseudo-scientifique entier, puisque la psychanalyse est encore présente dans la plupart des facultés où est enseignée la psychologie en 2021, peuvent se perpétuer par le simple fait de leur enracinement dans les institutions, faisant perdre des décennies de temps et beaucoup de ressources qui auraient pu être investies dans des domaines plus prometteurs.

Les limites du contrôle par les pairs

Cette hiérarchisation interne aux structures de production d’études scientifique, associée au fait que tout travail académique est considéré par défaut scientifique mène régulièrement à des abus de position. En dehors des cas de harcèlement ou d’abus de pouvoir, les dérives concernant la production d’études universitaires vont, bien au-delà des impostures méthodologiques telles que décrites par Sokal et Bricmont, de la falsification des données ou de la création de données fictive à l’attribution frauduleuse de la qualité d’auteur.e d’un article, de la diffusion de thèses complotistes à la promotion de pseudo-sciences, sans que les individus à l’origine de ces abus ne soient forcément inquiétés. Il aura fallu des années et la publication de nombreuses études frauduleuses aux conséquences catastrophiques pour que Didier Raoult soit poussé vers la retraite (non sans avoir profité de son statut de chercheur pour diffuser ses thèses complotistes dans les médias), et les sorties complotistes du sociologue Laurent Muchielli qui ont entamé la crédibilité du CNRS (organisme de recherche dont il dépend) en tant qu’institution de recherche n’ont, pour l’instant, abouti qu’à une désolidarisation du CNRS quant aux propos du chercheurs, sans autre conséquence directe. Une telle impunité, alors même que ses sorties laissent douter de sa capacité à officier en tant qu’enseignant-chercheur est d’autant plus scandaleuse qu’elle illustre un état de fait : tandis que des professeur.e.s bien établis peuvent se permettre de faire preuve d’une incompétence dangereuse, de frauder, tricher ou harceler dans une relative impunité, les étudiant.e.s de master ou de doctorat et les jeunes chercheur.e.s précaires sont traités comme une main d’œuvre corvéable à merci, affectés physiquement et mentalement par la dureté de leur statut et voient parfois leurs carrières brisées pour des détails, ou parfois même à cause de leur statut de victime d’abus de pouvoir [5]. Il existe bien des instances de représentations des doctorants et post-doctorants, qui peuvent voter lors des réunions des laboratoires de recherche et jouer un rôle équivalent à celui d’un syndicat, mais leur influence peut varier grandement d’un endroit à un autre et, si elles peuvent permettre d’éviter certains abus, elles ne remettent pas en cause le déséquilibre existant entre les chercheur.e.s les mieux installés et les précaires. Comme dans beaucoup d’autres institutions, les chercheur.e.s qui possèdent la majorité du pouvoir de décision sont justement celles et ceux qui n’ont aucune raison de modifier le système en place, modification qui risquerait de remettre en cause leurs acquis.

Les inégalités au sein du monde universitaire contribuent ainsi à nourrir les abus qui y ont lieu, mais elles n’en sont pas la seule cause : la dépendance stratégique et financière des institutions de recherche par rapport aux États et aux entreprises contribue à ces abus qui ont lieu à grande échelle.

Des institutions universitaires sous tutelles, victimes de la pression aux rendements

Si les chercheur.e.s disposent d’une relative liberté sur le sujet de leurs travaux de recherche et leur manière de les mener, ils et elles dépendent avant tout non seulement du bon vouloir de leurs supérieur.e.s hiérarchiques, mais également des fonds alloués par les États et les entreprises. Par exemple, en France, le système de subvention par les ANR permet à l’État d’orienter la recherche publique française dans les directions souhaitées au détriment de ce que souhaitent les académicien.ne.s (sans parler des individus non universitaires) tout en attisant la concurrence entre les institutions universitaires, ce qui pousse à une course à la performance, notamment car les budgets sont de plus en plus réduits.

Cette concurrence entre les chercheur.e.s et les universités, mis en avant par les classements internationaux tels que celui de l’université Jiao Tong de Shanghai, nourrit non seulement la pression à la publication, mais aussi la pression à la publication dans des revues possédant un impact factor [9] élevé.

Ainsi, dans l’espoir de faire carrière et d’obtenir un minimum de stabilité, les chercheur.e.s doivent publier à tout prix, ce qui augmente le biais de publication, appelé également « effet tiroir » : un résultat positif, plus accrocheur, a plus de chance d’être publié qu’un résultat négatif où l’hypothèse nulle est confirmée, ce qui peut fausser les représentations à l’échelle d’un champ de recherche. Ce biais est particulièrement problématique dans les disciplines ou les méta-études sont le plus couramment utilisées, telles que la médecine ou la psychologie. En plus de ce biais, la course à la publication encourage les fraudes dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent ou les mauvaises pratiques, telles que le découpage artificiel d’articles qui permet à un.e chercheur.e d’« augmenter » sa productivité. En plus de cela, les publications dans des revues possédant un impact factor élevé est souvent essentiel pour la carrière des chercheur.e.s, et la volonté de réussir à tout prix des individus comme des institutions universitaires entraîne des fraudes administratives massives, telles que décrites par Biagoli et Lippman dans leur ouvrage, gaming the metrics. Ceux-ci déclarent que : “Des nouvelles formes de manipulation ne concernent pas le caractère épistémologique des publications, mais sont plutôt liées à ce qui entoure l’article lui-même, tel que la publication de fausse revues par les pairs (souvent dans le but d’obtenir une publication au sein d’une revue possédant un impact factor plus élevé que ce que l’article mérite), hacker les bases de données des revues (afin de manipuler l’admission d’un article ou d’insérer un nom en tant qu’auteur au sein d’un article déjà publié), de citer de manière disproportionnée ses propres publications ou celles de ses proches [10] (afin de maximiser l’impact facteur de son journal) etc. [11]

Puisque la seule publication, et notamment la publication dans une revue réputée, est gage de succès indépendamment de l’impact de l’article lui-même, la qualité de l’article et même l’impact factor obtenu est secondaire par rapport au fait de publier dans une revue la plus prestigieuse possible. Ainsi, au-delà d’individus isolés, ce sont des groupes voire des institutions qui fraudent. McCook rapporte par exemple la possibilité d’acheter en Chine l’auteurat d’un article déjà accepté et qui va être publié dans une revue anglophone [12]

Ce système ne permet donc pas de garantir la qualité des articles publiés dans des revues scientifiques, même réputées : pour les disciplines dites de Sciences sociales au moins, il semblerait que le taux de réplication ne pas forcément plus haut dans les journaux plus prestigieux, et que le taux de réplication ne soit pas corrélé au nombre de citations. Il est ainsi impossible de se fier au prestige et à l’impact factor moyen d’une revue pour juger de la qualité d’un article, pas plus que du nombre de citation d’un article individuel (le cas des papiers de Didier Raoult, souvent cités parce que frauduleux et controversés, illustre bien cette absence de causalité). En revanche, des chercheur.e.s sont parvenus à prévoir avec un certain succès la réplicabilité d’études de philosophie expérimentale. Tout cela me laisse penser que d’autres critères de valeur des études scientifiques pourraient et devraient être mis en place.

Il serait injuste de prétendre que, face à tous ces problèmes, les chercheur.e.s restent les bras ballants. Certain.e.s d’entre eux, souvent de manière anonyme et sans le soutien des institutions, luttent (légalement ou non, avec des sites comme Library Genesis et SciHub) pour diffuser les publications scientifique en libre accès, ou font de leur mieux pour signaler les fraudes ou les articles dont les données ne sont pas fiables, et des initiatives comme Retraction Watch ou PubPeer fournissent des résultats mais, comme le souligne Elisabeth Bik, qui a dénoncé plusieurs milliers de fraudes ou d’erreurs dans des articles universitaires, “Il n’y a pas de protection pour ceux qui dénoncent les inconduites scientifiques”. Des revues crées récemment telles que la royal society open science publient des études dont les résultats sont négatifs (c’est-à-dire pour lesquels l’hypothèse nulle est validée) afin de limiter l’impact du biais de publication. D’autres dérives, telles que le plagiat ou les conflits d’intérêt, sont combattus par les instances universitaires. Malheureusement, toutes ces initiatives, si elles permettent de réduire la gravité des problèmes que rencontrent les institutions scientifiques, ne sont pas suffisantes pour les résoudre complétement. Ce sont tous ces problèmes qui me poussent à remettre en question la structure hiérarchique des institutions de recherche ainsi que leur gouvernance et la manière dont elles sont financées, mais ce ne sont pas les seuls que je leur reproche. Au-delà des abus et des fraudes internes, les institutions de recherche mettent aussi en avant une conception élitiste de la recherche scientifique.

Des institutions de recherche élitistes

Aujourd’hui, tout le monde ne peut pas faire de la recherche. Je ne parle pas ici de compétences nécessaires pour conduire des études scientifiques, mais bien de la possibilité de remplir les critères sociaux décrits à la fin de ma première partie : le fait de posséder un diplôme suffisamment élevé et celui de pouvoir travailler au sein d’une institution reconnue pour produire des documents scientifiques. La proportion des diplômé.e.s du supérieur en Europe varie entre 30% et 60% selon les pays, et, au sein de cette population, seule une minorité possède les diplômes aujourd’hui nécessaires pour mener des recherches et en a fait son métier. En France, l’Etat recense 295 000 chercheur.e.s dans le public et le privé, ce qui représente moins de 0.5% de la population [13]. Les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur comme à la recherche selon les origines sociales ou ethnique ou le genre, ainsi que le fait que les personnes minorisées sont celles qui font le plus face à des abus en tant que chercheur.e (tendance observée par Adèle Combes dans l’ouvrage précédemment cité) accentue le caractère élitiste de la recherche contemporaine

Bien que ce statut soit peu répandu, les nombreux exemples de fraudes mis en avant dans la partie précédente suffisent à prouver que le fait de posséder ces diplômes n’est pas une garantie d’honnêteté ni de rigueur intellectuelle. A l’inverse, s’il est techniquement possible de se faire publier dans une revue scientifique sans être rattaché à une institution de recherche, les connaissances nécessaires, les exigences en termes de forme et la crédibilité limite fortement les possibilités de ce genre de contribution.

Ainsi, les études scientifiques sont aujourd’hui menées par une minorité de personnes, et les moyens affectés à ces recherches proviennent principalement des pays les plus riches. Augmenter la diversité de genre, d’appartenance ethnique ou même d’origine sociale sein des université ou des structures de diffusion et d’interprétation des productions scientifiques ne permettra que de mitiger ce problème, tant que la production du savoir sera réservée à une petite minorité.

De plus l’accès aux études scientifiques est souvent très limité : bien qu’une proportion croissante d’article soit disponible en accès libre (voir ici et ) et de nombreuses études scientifiques, notamment celles publiées dans les journaux les plus prestigieux, doivent être achetées au prix fort pour être consultées. Ces prix sont prohibitifs même pour des chercheur.e.s, et la plupart du temps seules les institutions universitaires et les grandes entreprises ont les moyens de payer l’accès à ces revues pour leur personnel (alors même que l’écriture, la relecture, l’édition de ces revues est assurée par des chercheur.e.s non payé.e.s), laissant de nombreux individus dépendre de canaux illégaux pour accéder aux études scientifiques.
L’accès aux études scientifiques est ainsi limité pour la plupart des individus, et la publication en accès libre elle-même, bien qu’elle soit incontestablement positive, ne remet pas en question une vision bureaucratique de la science, qui postule que la scientificité d’une étude dépend non pas de son contenu, mais de l’organisme sous la tutelle duquel elle a été produite.

Une diffusion restreinte et une vulgarisation sous influences

Une des conséquences du prix prohibitif de la consultation de nombreuses études scientifiques est qu’il contribue à limiter la diffusion des travaux scientifiques, déjà restreinte par le caractère technique de ces travaux, ceci alors qu’écrire un article scientifique implique presque toujours de se référer à de nombreuses sources scientifiques. Une conséquence de cette diffusion restreinte est que l’influence des universitaires est principalement tributaire des médias et des vulgarisateurs et vulgarisatrices, dont l’objectif est pas forcément le même que celui des académicien.ne.s. En effet, même lorsque ces dernier.e.s sont animé.e.s par une volonté sincère de diffuser les résultats d’étude scientifique et de faciliter leur compréhension, ils et elles sont souvent tenus par un impératif économique qui les pousse à aborder les sujets les plus susceptibles d’intéresser et en ignorer d’autres, pour attirer le plus d’attention possible et satisfaire soit leurs propriétaires (souvent des milliardaires, directement ou via des fondations, ou l’État) soit les régies publicitaires dont dépendent souvent une partie non négligeable de leurs revenus [14]. Cette recherche du profit peut aussi pousser à mettre en avant des voix radicales comme celle du fasciste Eric Zemmour ou autres éditorialistes réactionnaires, dont le caractère polémique offre une rentrée d’argent aux médias sur le court terme mais facilite la diffusion de leurs idées. Tout cela entraîne un fort biais en faveur des idéologies libérale, conservatrice voire fascisante au détriment des mouvements plus progressistes, qui se traduit par la mise en avant de thèmes comme la sécurité ou l’immigration, traité de manière discutable ou encore le poids des invités libéraux, conservateurs ou d’extrême-droite dans les médias. Sans même parler des impératifs économiques et du biais conservateur de la plupart des médias, ces derniers ne sont pas à l’abri des conflits d’intérêts. la série d’articles pour le moins peu critiques du monde sur la secte anthroposophe l’illustre bien et il me semble significatif que, malgré les nombreuses critiques, le journal campe sur ses positions.

Quant aux plateformes de diffusion comme YouTube ou Twitch, si elles permettent à n’importe qui de diffuser du contenu, limitent la monétisation, voire suppriment toute vidéo faisant référence trop ouvertement à certains contenus comme ceux liés à la sexualité, mais aussi aux mouvements LGBT alors même que, du fait de la nature et de la politique de modération de ces plates-formes, les contenus dangereux ou de désinformation tendent à mieux se diffuser.

Concernant les universitaires en particulier, les « experts », chercheur.e.s régulièrement invités dans des médias à large audience, ne représentent qu’une infime minorité de la communauté scientifique, déjà bien peu représentative de la population, et sont issu.e.s le plus souvent des franges les plus influentes de la communauté des chercheur.e.s dont j’ai dénoncé le pouvoir disproportionné dans les paragraphes précédents.

Tout cela a un impact sur la perception des individus : ce qui leur parvient ne représente souvent pas l’état de la recherche dans un domaine donné, voire rentre en directe contradiction avec les consensus en place. Malgré un monopole sur la production et la diffusion des études scientifiques, les éditeurs scientifiques, les universités et les chercheurs ne peuvent donc véritablement remettre en question leur dépendance, pour diffuser au grand public leurs productions, d’intermédiaires dont les intérêts sont différents des leurs, avec pour conséquence l’impossibilité d’endiguer les discours pseudo-scientifiques et l’absence de prise en compte des discours académique dans de nombreux sujets comme l’économie, la justice ou le sujet de « l’identité nationale ».

Ainsi, non seulement les institutions de création et de diffusion des études scientifiques reposent sur une idéologie élitiste, mais elles ne possèdent pas les moyens ou la volonté de fournir pas uniquement à sa propre communauté, mais à l’ensemble de la société, les études qu’on serait en droit d’attendre au vu de l’avancée actuelle des travaux d’épistémologie, de philosophie des sciences et des sciences de l’éducation.

Peut-on attendre un changement de l’intérieur ?

Le système actuel de production d’études scientifiques, notamment la recherche académique, est critiqué jusqu’au sein de ses rangs : les nombreuses alternatives illégales et leur utilisation massive par les académicien.ne.s l’illustre. Monvoisin, qui partage nombre de nos critiques, le décrit comme « un système moribond ». Comme je l’ai mentionné plus tôt, des initiatives existent face à des dérives, et des remises en cause partielles du cadre d’étude universitaire par des chercheur.e.s marxistes ou des tenant.e.s des théories critiques, du genre ou décoloniale entre autre, ont eu lieu. Elles sont cependant avant tout réformistes : les individus qui défendent cette approche critique souhaitent changer la manière dont les études scientifiques sont menées à l’université afin de pouvoir mettre en avant leurs représentations mais nullement de remettre en question la pertinence du monopole des universités et entreprises en tant qu’institutions productrices d’études scientifiques. Même si cela était le cas, il est peu probable que les États et les entreprises, pour lesquelles la recherche possède une importance stratégique et économique capitale, laissent des individus dont les financements et l’emploi même dépendent de leur bon vouloir saboter leur mainmise sur la production scientifique. Si l’apport de ces critiques a pu apporter des avancées importantes sur le plan épistémologique, je ne peux considérer ces avancées comme suffisantes au vu des dérives qui existent encore.

Bien sûr, des solutions techniques pourraient contribuer à résoudre certaines des failles de la pratique actuelle de la création et de la diffusion d’études scientifiques. Rendre plus ouvert le processus de relecture par les pairs, augmenter la possibilité de commenter et publier ses commentaires dans un endroit accessible pour la communauté, rendre disponible les données et/ou un code pour analyser les données ou produire la simulation contribueraient, en facilitant leur remise en question, à rendre les résultats d’études scientifiques plus fiables. Combes, dans son ouvrage « comment l’université broie les jeunes chercheurs », propose également un ensemble de mesures (résumées ici) qui pourraient avoir un impact très positif sur l’environnement universitaire. Ces solutions ne règlent cependant pas la question de l’appropriation de la recherche par une catégorie de la population, ni la question de la hiérarchisation bureaucratique des chercheur.e.s, ni la dépendance aux médias. Il me semble donc que seule une solution extérieure à ces institutions pourrait provoquer un changement significatif du paradigme de la fabrication et de la diffusion des études scientifique.  

Contre les institutions, pour des règles négociées

Je n’ai pas la prétention d’être le premier à critiquer les institutions de production des études scientifique (et par extension du « savoir scientifique » issu de ces études). Feyereband en a sans doute faite la critique la plus connue (bien que lui se soit positionné à partir du fauteuil probablement confortable de professeur dans des universités parmi les plus réputées du monde). Je partage avec lui, vous l’aurez compris, son scepticisme envers les institutions scientifiques ainsi qu’envers une « rationalité » objective mais aussi son soutien à une pratique scientifique démocratique et libre de l’Etat. Pour autant, je pense que des cadres épistémiques et méthodologiques restent nécessaires, et il me semble important de prendre quelques lignes pour en expliciter les raisons.

En tant que libertaire, je suis opposé à toute autorité (et par extension à toute règle) non négociée et/ou qui ne peut être remise en cause. Cependant, je pense que l’existence de règles en soi et non seulement compatible avec une société égalitaire, mais qu’elle leur est nécessaire. L’absence de règle explicite, ici de critères sur ce qui fait qu’un article scientifique est fiable en fonction de son type, donne mécaniquement plus de poids aux règles implicites (et il ne peut ne pas y en avoir, même dans un contexte égalitaire, ce qu’est loin d’être le contexte actuel de production du savoir scientifique), donc plus aux poids aux personnes qui possèdent le plus de capital, qu’il soit monétaire, culturel, ou social. En effet, le marché libre des idées ne peut pas plus exister que le marché libre des productions agricoles ou industrielles, tout simplement parce que les individus sont par définition uniques et ne peuvent être strictement égaux : les capacités, les intérêts et les désirs de chacun.e varient, ne serait-ce qu’un peu, de même que leurs besoins propres. Ce déséquilibre ne peut être résolu avec des bonnes intentions, mais bien avec un cadre qui en limite les effets et s’assure que les souhaits de chacun.e puisse s’exprimer.

Sur la nécessité politique de casser le monopole universitaire

Récemment, Macron a été réélu président de la république française. Tout porte à croire, si son parti l’emporte aux élections législatives, que les universités publiques continueront de voir leurs fonds diminuer, ce qui contribuera à une augmentation des problèmes déjà décrits dans cet essai, ainsi qu’à une dépendance toujours plus grande dans le privé voir à la disparition complète de certains champs de recherche. Parallèlement, que le ou la future présidente soit néolibérale ou fasciste, le contrôle des autorités étatiques sur les universités risque de se resserrer. Même dans l’hypothèse plus heureuse d’une victoire d’une coalition de partis (plus ou moins) progressistes, la problématique du contrôle de la production des études scientifique par une minorité d’individus, soit les personnes qui sont chargées de cette production soit celles qui possèdent le pouvoir politique ou économique, sera tout autant d’actualité, bien que possiblement camouflée par une hausse des moyens consacrés à la recherche et un meilleur traitement du personnel universitaire. 
Je pense que même les personnes qui ne partagent pas les idéaux libertaires, même celles qui justifient les hiérarchies interuniversitaires et le monopole universitaire sur la production d’études scientifiques, même celles qui se considèrent légitimes pour faire de la science sans l’écrasante majorité des individus auraient tout intérêt à briser le monopole actuel le système universitaire, et ce même s’ils en font partie.   Une production scientifique libre et indépendante, décentralisée et véritablement représentative, par et pour le plus grand nombre d’individus possibles, répondrait à un impératif stratégique : se détacher de l’emprise des institutions gouvernante sur la production des études scientifiques et par extension du savoir. Cela me semble particulièrement important alors que les inégalités économiques se creusent d’une part, et d’autre part que de nombreux pays sont pris dans la spirale d’une dérive autoritaire, y compris la France.  

Si la dissolution à court ou moyen terme des structures académiques actuelles ne me paraît ni atteignable ni souhaitable, il reste possible de développer un cadre permettant une production des études scientifique décentralisée et démocratique. S’inspirer des mouvements fonctionnant en auto-gestion et des projets libristes financés par des dons ou des cotisations tels que Wikipédia pourrait permettre de créer des alternatives au système actuel. Une telle plate-forme aurait l’avantage d’être potentiellement plus inclusive et plus diverse qu’une structure universitaire, en ayant la capacité d’inclure notamment les francophones non français et notamment africains, mais aussi les français.e.s n’ayant pu faire d’études, ou éloigné.e.s des grands centres urbains, ou minorisé.e.s, à commencer par les personnes non valides. Des règles et une modération adaptée pourraient permettre à chacun.e de s’exprimer, pour proposer leurs propres études scientifiques mais aussi critiquer ou améliorer celles des autres, sans que les personnes les plus privilégiées ne bénéficient de passe-droits comme c’est le cas aujourd’hui. Un financement par les dons, aussi imparfait qu’il puisse être, rendrait tout de même cette structure beaucoup plus indépendante que toute équipe universitaire ou de R&D d’entreprise. On peut aussi imaginer un système de vote, dont le fonctionnement spécifique serait à définir, qui permettraient aux individus d’avoir leur mot à dire quant aux orientations majeures de la recherches (tout en laissant de la place aux courants minoritaires).

Lancer un tel projet et lui permettre d’atteindre une taille critique demanderait un investissement financier ridiculement faible par rapport au budget de la recherche mais significatif pour des particulier.e.s, ainsi que l’investissement d’une équipe, et sa réussite loin d’être automatique : le cimetière des internet compte plusieurs initiatives de ce type ayant connu l’échec, telle que Citizendium ou Google Knol. Veiller à ne pas reproduire leurs erreurs, et parvenir à une plate-forme le plus ouverte possible mais capable d’éviter les manipulations de groupes pseudoscientifiques ou réactionnaires et capable de résister aux pressions autoritaristes serait essentiel.

Cette solution aurait, dans un premier temps au moins, un coût de lancement et de fonctionnement bien inférieur à celui des structures existantes, et pourrait raisonnablement être mis en branle par une poignée d’individus. Je ne possède à ce jour pas ces moyens ni le réseau nécessaire et mesure, au vu de la confidentialité de ma parole, la vanité d’appeler de mes vœux à la construction d’une telle alternative, mais je vous invite à réfléchir à ces questions si l’opportunité de lancer ou de soutenir un projet de ce genre se présentait à vous car, comme je l’ai dit, cela deviendra peut-être un jour une nécessité.



[1] Strassel, C. (2018). Les enjeux géopolitiques de la mondialisation universitaire. Hérodote, 1 (168), 9-38. 10.3917/her.168.0009

[2] même lorsqu’ils ont été formé à cette tâche, ce qui n’est bien sûr pas le cas de la quasi-totalité des individus qui ne travaillent pas dans ces secteurs

[3] Par « société démocratique », j’entends une société dans laquelle les individus sont souverains, c’est-à-dire qu’ils prennent part aux processus de décision les concernant avec l’ensemble des individus concernés.

[4] On pourrait arguer que l’efficacité ne devrait de toute façon pas être le seul objectif d’un organisme de production, même si on ne peut l’écarter complétement. Il me semble tout de même important de préciser que les structures inégalitaires ne sont pas aussi aussi efficace pour garantir l’efficacité (au prix d’une réduction des libertés) qu’on le prétend parfois.

[5] sur la question

[6] En supplément de la contribution de Reynaud, il est possible de s’appuyer sur la philosophie antispéciste pour réfuter un argument qu’il n’avait pas évoqué, celui de la spécificité de l’espèce humaine, notion qui peut être logiquement réfutée dans la mesure où toutes les capacités qui semblaient être « le propre de l’humain » ou pu être observés chez d’autres animaux.

[7] Par exemple, quelqu’un comme Foucault n’a pas réussi à s’imposer comme philosophe respecté et influent uniquement grâce à ses idées : son ascendance bourgeoise, son conformisme par rapport aux attentes et règles du monde universitaire, son opportunisme politique, sa reprise de théories d’autres chercheurs sans que ces derniers ne soient cités (voir « Longevité d’une imposture » de Mandosio)… sont autant d’aspects qui lui ont permis d’obtenir l’aura qu’il possède aujourd’hui. Foucault n’est ici qu’un exemple, et des remarques similaires pourraient être faites au sujet de Chomsky, Newton ou Einstein, et cela est valable non seulement pour tous les universitaires influent.e.s, mais aussi les dirigeant.e.s d’entreprises, les personnalités politiques, les hauts fonctionnaires etc.

[8] Sur la question, lire « comment l’université broie les jeunes chercheurs » d’Adèle Combes ; mon article sur le sujet

[9] L’impact factor est égal à la moyenne des nombres de citations des articles de cette revue publiés durant les deux années précédentes

[10] Sur la question : https://scienceintegritydigest.com/2022/03/23/citation-statistics-and-citation-rings/

[11] “the new forms of manipulation that do not affect the epistemic status of a publication but take place around and outside the claims themselves like, for example, submitting fake peer reviews (often to publish in a higher impact factor journal than the article would have probably deserved), hacking journal databases (to manipulate the acceptance of one’s article or to insert one’s name in the authors’ byline of an article already in press), setting up citation rings among authors (to maximize their personal citation counts) or among editors (to maximize their journals’ impact factors), and so on.”

[12] Alison McCook, “7 Signs a Scientific Paper’s Authorship Was Bought,” Retraction Watch, October 10, 2016, Accessed October 27, 2016, http://retractionwatch.com/2016/10/24/seven-signs-a-paper-was-for-sale/. Mara Hvistendahl, “China’s Publication Bazaar,” Science 342(6162):1035.

[13] La formulation de la présentation gouvernementale est ambiguë quant à l’inclusion ou non des doctorants (environs 70 000 en 2019) dans ces chiffres. Cependant, même en ajoutant ce chiffre au précédent, le taux de personnes impliquées directement dans la recherche scientifique reste bien inférieur à 1% de la population.

[14] Sur la question de la gouvernance actuelle des médias et ses problèmes, voir « L’information est un bien public », Julia Cagé et Benoit Huet, Seuil

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